Cette année que j’avais imaginée — et voulue — comme celle d’importants changements, notamment dans mon cadre professionnel et mes investissements open source, s’est finalement révélée être une année au goût d’inachevé. Non pas du point de vue de ce qui a été produit, mais du point de vue de ce que j’espérais voir évoluer concernant ma situation professionnelle : mes nombreuses tentatives de réorientation vers la filière des systèmes d’information (SI) de mon entreprise se sont toutes soldées par des échecs.
Sur le plan de l’open source, en revanche, 2025 aura été une année dense, exigeante et structurante. J’y ai engagé beaucoup d’énergie, parfois en compensation d’autres déceptions, mais surtout par fidélité à des convictions forgées de longue date : l’importance de la contribution, de l’ouverture et de la responsabilité collective dans la construction des outils numériques.
Retraceur : le chemin de mon émancipation
En 2025, j’ai lancé Retraceur, un nouveau projet open source né d’un « fork » de WordPress®1. Ce projet n’a pas pour origine un simple désaccord technique, mais une divergence plus profonde concernant la gouvernance, l’éthique et la manière dont un projet open source majeur peut — ou doit — évoluer.
Créer une bifurcation d’un projet de cette ampleur n’est jamais un geste anodin. C’est un acte à la fois technique, politique et communautaire. Il implique de reprendre l’héritage existant, d’en assumer les contraintes, mais aussi de proposer une trajectoire alternative crédible, lisible et soutenable.
Publier une deuxième version majeure de Retraceur la même année a confirmé que ce choix n’était ni impulsif ni symbolique. Il s’agissait bien d’inscrire le projet dans la durée.
L’open source comme pratique, pas comme slogan
On parle beaucoup d’open source. Trop souvent. Car à force d’être invoqué comme un mot-clé valorisant, il finit par perdre sa substance.

L’open source n’est pas qu’un modèle de licence, ni un catalogue de briques logicielles disponibles gratuitement. C’est avant tout une culture :
- culture de la contribution plutôt que de la simple consommation ;
- culture de la transparence plutôt que de l’opacité ;
- culture de la responsabilité partagée plutôt que du transfert de charge ;
- culture du débat technique et éthique plutôt que du consensus de façade.
Or, la plupart du temps, cette dimension est absente dans les milieux professionnels. L’open source est alors réduit à un levier économique : un moyen d’éviter de réinventer la roue, une alternative moins coûteuse aux solutions propriétaires.
Cette approche, si elle n’est pas illégitime, reste profondément incomplète par rapport à ce qui est réellement exigé en retour : du temps, de l’engagement, de la rigueur et une présence durable auprès des communautés qui font vivre les projets.
Contribuer, maintenir, arbitrer : le travail invisible
Mon engagement open source en 2025 est public, observable et vérifiable. Les statistiques annuelles issues de GitHub en donnent une illustration factuelle : plus de mille contributions réparties sur l’année, une activité régulière sur plus de deux cents jours consécutifs, une implication principalement centrée sur l’écosystème PHP, et une constance accrue par rapport à l’année précédente.

Ces chiffres ne disent pas tout. Ils ne mesurent ni la complexité des arbitrages, ni la charge mentale liée à la maintenance, ni les décisions parfois inconfortables qu’impose la gouvernance d’un projet ouvert. Ils disent néanmoins une chose essentielle : pour moi, l’open source n’est ni un discours, ni une posture opportuniste. C’est une pratique exigeante, inscrite dans le temps long, faite de continuité plus que de coups d’éclat.
Retrouver mon équilibre
Ma démarche de réorientation professionnelle au sein de la filière SI de mon entreprise est trop coûteuse. Si ça ne me ressemble pas de rester sur des échecs, j’estime que m’obstiner serait une erreur. J’ai consacré beaucoup d’énergie et de temps à préparer les nombreux entretiens de recrutement auxquels j’ai participé cette année : c’est autant d’investissement que je n’ai pas dirigé sur mes contributions open source.
Au-delà de cette dimension, les concessions à consentir par rapport à mes convictions en matière d’organisation et de leadership des « collectifs numériques » sont trop importantes.
Je cherche des communautés qui reconnaissent la compétence comme un fait observable — dans le code, la documentation, les décisions prises — et non comme un diplôme académique, une certification professionnelle, un signal abstrait ou décoratif.
Je cherche des environnements où la diversité des parcours est perçue comme une richesse, où l’on accepte que l’innovation naisse aussi de regards non conformes, parfois inconfortables, souvent féconds.
Je cherche des espaces où l’on accepte réellement de remettre en cause et de transformer l’existant, plutôt que de le masquer, l’isoler, le contourner ou l’abandonner.
Finalement, le bon équilibre consiste à cantonner mon cadre professionnel à la satisfaction de mes besoins physiologiques et de concentrer mon énergie sur une voie plus indépendante, plus artisanale peut-être, mais aussi plus alignée avec mes convictions pour satisfaire mes besoins supérieurs, ceux qui sont situés au sommet de la pyramide de Maslow.
Je compte continuer à évoluer dans la sphère numérique, à en comprendre les mécanismes et à y répondre autrement. En construisant mes propres outils, en mode open source, et en restant fidèle à mes convictions :
- contribuer plutôt que consommer ;
- comprendre plutôt que masquer ;
- rester authentique plutôt que se déguiser ;
- transformer plutôt que renommer.
Crédits photo à la une : Abdelrahman Ismail sur Unsplash
- La marque WordPress® est la propriété intellectuelle de la Fondation WordPress. L’utilisation du nom WordPress® dans cet article est uniquement à des fins d’identification et n’implique pas une approbation de la part de la Fondation WordPress. ↩︎


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